Dans le premier tiers du XVIIIe siècle, le jardin est
réaménagé à l’initiative du duc Alexandre de La
Rochefoucauld.
Il est agrandi à l’est et à l’ouest par deux
parcelles. La surface du terrain s’élève alors à plus de
trois hectares. Ces parcelles sont aménagées en bosquets
d’agrément. Ils présentent une succession de salles vertes
reliées par des allées sinueuses qui mettent en valeur la position
centrale du potager. Son implantation dans l’axe principal de
la demeure en fait un élément majeur de la composition monumentale
du domaine.
Un document d’époque ("Veüe du chasteau de La Roche-Guyon du
costé de la rivière. Plan du jardin potager avec
l’arrangement des arbres par quarré. Les noms des espèces en
1741", Archives départementales du Val d’Oise) permet
de connaître l’organisation du potager en 1741. Des allées en
étoile recoupent les quatre parterres carrés en trente-deux
parcelles triangulaires bordées d’arbres fruitiers. Au centre
de chaque carré se trouve un bassin qui sert autant à
l’agrément qu’à l’arrosage. Le réseau de
fontainerie qui alimente ces bassins est le prolongement de celui
qui fournit l’eau au château et à la fontaine du village.
L’ensemble de cette adduction a été réalisé en 1742 à partir
du captage de sources à Chérence, village situé sur le plateau à
trois kilomètres.
Le document comporte la liste exhaustive et le plan de plantation
des variétés qui étaient cultivées dans le verger potager. On
dénombre 675 arbres répartis selon les usages du temps en 442
poiriers, 143 pommiers, le reste étant constitué de pruniers et de
pêchers conduits en espalier. La plupart des variétés anciennes a
pu être retrouvée et replantée lors de la rénovation du
potager.
L’organisation du verger potager de La Roche-Guyon dénote
une tradition classique marquée par une bonne connaissance de la
botanique. Alexandre de La Rochefoucauld et sa fille, la duchesse
d’Enville, possèdaient dans leur bibliothèque
l’essentiel des traités d’arboriculture fruitière.
Proches des milieux de l’Encyclopédie et du mouvement des
physiocrates, ils ont eu à coeur de faire de cet espace un jardin
d’expérimentation et de production.
Jusqu’au début du XXe siècle, le potager cultivé
par les jardiniers du château conserve son ordonnancement
classique. Puis il est loué à un maraîcher. Abandonné dans les
années 50, le site a été recouvert par la végétation jusqu’à
sa récente métamorphose qui réconcilie patrimoine et création.
Le jardin potager d’aujourd’hui
LE POTAGER-VERGER AUJOURD’HUI, LE POTAGER-VERGER
DEMAIN...
une période de transition
2004
La restauration du Potager-Verger
historique a été conduite par Pierre-André Lablaude, Architecte en
Chef des Monuments Historiques, grâce au financement croisé de
l’Etat, de l’agence régionale des espaces verts
d’Ile de France et du conseil générak du Val d’Oise.
L’intention était de revenir au plan original du XVIIIe
siècle.
2005 / 2006 / 2007
Plusieurs axes de plantation se superposent et après quelques
saisons d’entretien le potager-verger
s’essouffle.
L’Etablissement Public de Coopération Culturelle (EPCC) du Château de la Roche-Guyon juge alors utile de confier aux paysagistes Gilles Clément et Antoine Quenardel, une mission de conseil et d’accompagnement pour la mise en valeur de l’ensemble des espaces extérieurs du Domaine.
2008
Cette saison marque le début d’une période de transition qui doit permettre de faire évoluer le Potager-Verger. Désormais :
L’EPCC du Château de la Roche-Guyon embauche 3 jardinier(e)s et reprend la totalité de la gestion du Potager-Verger, jusque là sous-traitée.
L’utilisation des pesticides (insecticides, herbicides, fongicides ) est proscrite.
La valorisation des déchets végétaux, par le compostage, a lieu directement sur le site, permettant à la terre de se reposer. Des pratiques culturales telles que le paillage, ou la rotation des cultures sont engagées.
Une signalétique botanique (famille-genre-espèce) des plantes cultivées, pédagogique (pratiques culturales, anecdotes, recettes ou utilisation des plantes) et historique est mise en place progressivement.
Les premières parcelles sont semées en prairies, jachères fleuries et engrais verts. Traditionnellement utilisée en culture intermédiaire, cette technique permet de lutter contre les adventices, protège les sols du lessivage lié à la pluie, améliore la structure du sol, fertilise, stimulent l’activité biologique et la biodiversité, renforce la terre contre les maladies ou les parasites.
Les travaux en cours constituent une phase de chantier indispensable.
2009 / 2010
Le Potager-Verger retrouvera progressivement sa vocation première, initiée au XVIIIe par les La Rochefoucauld :
Un
espace de production et d’expérimentation horticole
où semences et biodiversité tiendront une place
primordiale.
Le projet prévoit, à terme, d’organiser le potager selon 4 thèmes majeurs permettant la rotation des cultures - cultures maraîchères, légumes annuels - cultures maraîchères, légumes vivaces, plantes aromatiques - cultures agricoles - repos de la terre, jachères, engrais verts, fumure, compost.
Une réflexion sur la question de la
récupération et de la gestion de l’eau pour
l’irrigation des cultures est également amorcée.
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