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La Roche-Guyon, lieu d'inspiration romantique

Au XIXè siècle, La Roche-Guyon attire les romantiques...
Lamartine vient y passer la semaine sainte en 1819. Victor Hugo est lui aussi l’hôte du cardinal de Rohan en 1821. Il revient quatorze ans plus tard, séjour pendant lequel il ne loge pas au château, mais à l’auberge. L’un comme l’autre trouve dans La Roche-Guyon une atmosphère qui l’inspire et qu’il retranscrira dans son oeuvre.

Lamartine

La semaine Sainte à la Roche-Guyon, 1820

Ici viennent mourir les derniers bruits du monde
Nautoniers sans étoile, abordez ! c’est le port :
Ici l’âme se plonge en une paix profonde,
Et cette paix n’est pas la mort.

Ici jamais le ciel n’est orageux ni sombre ;
Un jour égal et pur y repose les yeux.
C’est ce vivant soleil, dont le soleil est l’ombre,
Qui le répand du haut des cieux.

Comme un homme éveillé longtemps avant l’aurore
Jeunes, nous avons fui dans cet heureux séjour,
Notre rêve est fini, le vôtre dure encore ;
Eveillez-vous ! voilà le jour.

Coeurs tendres, approchez ! Ici l’on aime encore ;
Mais l’amour, épuré, s’allume sur l’autel.
Tout ce qu’il a d’humain, à ce feu s’évapore ;
Tout ce qui reste est immortel !

La prière qui veille en ces saintes demeures
De l’astre matinal nous annonce le cours ;
Et, conduisant pour nous le char pieux des heures,
Remplit et mesure nos jours.

L’airain religieux s’éveille avec l’aurore. ;
Il mêle notre hommage à la voix des zéphyrs,
Et les airs, ébranlés sous le marteau sonore,
Prennent l’accent de nos soupirs.

Dans le creux du rocher, sous une voûte obscure,
S’élève un simple autel : roi du ciel, est-ce toi ?
Oui, contraint par l’amour, le Dieu de la nature
Y descend, visible à la foi.

Que ma raison se taise, et que mon coeur adore !
La croix à mes regards révèle un nouveau jour ;
Aux pieds d’un Dieu mourant, puis-je douter encore ?
Non, l’amour m’explique l’amour !

Tous ces fronts prosternés, ce feu qui les embrase,
Ces parfums, ces soupirs s’exhalant du saint lieu,
Ces élans enflammés, ces larmes de l’extase,
Tout me répond que c’est un Dieu.

Favoris du Seigneur, souffrez qu’à votre exemple,
Ainsi qu’un mendiant aux portes d’un palais,
J’adore aussi de loin, sur le seuil de son temple,
Le Dieu qui vous donne la paix.

Ah ! laissez-moi mêler mon hymne à vos louanges !
Que mon encens souillé monte avec votre encens.
Jadis les fils de l’homme aux saints concerts des anges
Ne mêlaient-ils pas leurs accents !

Du nombre des vivants chaque aurore m’efface,
Je suis rempli de jours, de douleurs, de remords.
Sous le portique obscur venez marquer ma place,
Ici, près du séjour des morts !

Souffrez qu’un étranger veille auprès de leur cendre,
Brûlant sur un cercueil comme ces saints flambeaux;
La mort m’a tout ravi, la mort doit tout me rendre;
J’attends le réveil des tombeaux !

Ah ! puissé-je près d’eux, au gré de mon envie,
A l’ombre de l’autel, et non loin de ce port,
Seul, achever ainsi les restes de ma vie
Entre l’espérance et la mort !

Les aménagements de la chapelle troglodytique s’achèvent en 1819. Le château de La Roche-Guyon prend des airs étranges de séminaire. Le duc de Rohan-Chabot fait loger ses séminaristes à l’endroit même où le duc Alexandre de La Rochefoucauld hébergeait ses soldats.

En 1819, Lamartine vient passer la semaine sainte à La Roche-Guyon. Il y écrit une de ses Méditations poétiques, oeuvre qui lui vaudra d’être reconnu comme le poète romantique par excellence par une génération tout entière.

A la même époque, Victor Hugo rencontre le duc de Rohan au séminaire à Saint-Sulpice. C’est en tant qu’hôte du duc qu’il séjourne au château de La Roche-Guyon en août 1821. Victor Hugo est alors âgé de 19 ans et travaille sur Han d’Islande. Il trouve dans le château l’inspiration pour décrire un hameau nommé Oëlnac.



Victor Hugo

Han d’Islande, 1823

"Sur la tête blanche d’une haute montagne, de grosses tours groupées autour d’un grand donjon présentaient de loin l’aspect d’une vieille tiare."

"C’était un tableau sombre et magnifique que cette vaste nappe d’eau réfléchissant les derniers rayons du jour et les premières étoiles de la nuit, dans un cadre de hauts rochers, de sapins noirs et de grands chênes. [...] Au nord, un immense rocher de granit, encore éclairé par le soleil, s’élevait majestueusement au-dessus du petit hameau de Oëlnac puis sa tête se courbait sous un amas de tours ruinées, comme si le géant eût été fatigué du fardeau."

Personnage à part, le cardinal-duc de Rohan inspire Stendhal qui trouve en lui le modèle de l’évêque que rencontre Julien Sorel dans Le Rouge et le Noir. Victor Hugo fait également référence à lui dans Les Misérables avec son prédicateur du couvent de Picpus.

Victor Hugo

Lettre à son épouse, 1835

"Je suis à La Roche-Guyon et j’y pense à toi. Il y a quatorze ans, presque jour pour jour, j’étais ici ; et à qui pensais-je? A toi mon Adèle. Oh ! rien n’est changé dans mon coeur. Je t’aime toujours plus que tout au monde, va, tu peux bien me croire. Tu es ma propre vie.

Rien n’est changé non plus dans ce triste et sévère paysage. Toujours ce beau croissant de la Seine, toujours ce sombre rebord de collines, toujours cette vaste nappe d’arbres.

Rien n’est changé non plus dans le château, excepté le maître qui est mort, et moi, le passant, qui suis vieilli. D’ailleurs, c’est toujours le même ameublement seigneurial ; j’ai revu le fauteuil où s’est assis Louis XIV, le lit où a couché Henri IV. Quant au lit où j’avais couché, c’était le vaste lit du cardinal de La Rochefoucauld [...]."


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