Bienvenue au Château de la Roche-Guyon
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36 VUES DU MONT-SAINT-MICHEL

Christian Broutin - Objet Obscur
Christian Broutin - Objet Obscur
En clin d’œil à Hokusai et à ses Trente-six vues du mont Fuji, CHRISTIAN BROUTIN nous offre trente-six vues du Mont-Saint-Michel, un hommage humoristique et respectueux au mont sacré visité chaque année par des foules innombrables.
Vernissage le 4 avril à 17h - exposition jusqu’au 27 septembre

Depuis quelques saisons, Christian Broutin appartient, en douce, au château de La Roche-Guyon. Il a accueilli dans la bibliothèque les visiteurs de La lecture, ce vice impuni (2007), puis guidé dans un parcours plus compliqué ceux du Coffre meurtrier (2008). Lui, l’homme de l’image, peintre et illustrateur, s’est fait porteur de paroles envolées (qu’on retrouve imprimées dans la Bibliothèque fantôme). Il fait aussi voler les écrits : ce peintre dit “maxi-réaliste“ a posé sur les livres de poche ses illustrations qui ont fait rêver des générations ; il a réalisé des timbres postaux, de préférence en format panoramique, sur ses sujets de prédilection : dinosaures, fleurs, tour Eiffel à la Delaunay, jardins de Versailles, miniatures délectables des très riches heures de la poste.
Christian Broutin a le goût des objets volants, soigneusement identifiés. Il faut dire que la fenêtre de son atelier s’ouvre sur cent-quatre-vingt degrés de ciel et domine l’ample boucle de la Seine : « une rivière de soie glisse/ au pied de falaises rabotées », a écrit pour lui Andrée Chedid. Donc, il peint le ciel, l’air, des immensités, et les objets pesants, rocs, montagnes, s’y installent calmement, en suspension. Ses paysages - nuages, fleuves, montagnes, icebergs, gouffres,– ont l’ampleur et l’extrême précision du rêve. Une sorte d’«heroïc fantasy» qui se souviendrait de Böklin et de Caspar Friedrich.
Mais son vrai, son unique château dans les nuages, c’est le Mont-Saint-Michel.  Il en a fait son logo, le signe graphique avec lequel il a le plus joué. Ce triangle pointu, légèrement bosselé, ce bigorneau posé sur la mer ou sur les tangues, aussi universellement reconnaissable que le sourire de la Joconde, il nous l’apporte cette fois au château de La Roche-Guyon.  Et dans tous ses états : palais idéal, envolé, sombre prison de légende, objet flottant, fleuri, kitsch, transportable partout dans le monde

Des images à regarder de près, en une sorte de bande dessinée multidimensionnelle, clin d’œil à Edgar P. Jacobs et à son chronoscaphe dissimulé quelque part dans les boves du château.

Christine Friedel

Visiter le site de Christian Broutin

À lire
La Fée des grèves - Paul Féval / L’abbaye du Mont-Saint-Michel - Jean-Paul Brighelli - Guides Gallimard - coll. Octavius - 1999 (illustration Christian Broutin) / Le Mont-Saint-Michel - minitinéraires - ed. du Patrimoine - 2003 / Entre ciel et mer, le Mont-Saint-Michel - Jean-Paul Brighelli - Découvertes Gallimard n° 28 -1987 et 2008 / Le secret du Mont-Saint-Michel - Vincent Roc Roussey - P. Galodé - éd. Saint Malo - 2008 / Notre coeur  - Guy de Maupassant / Abbés - Pierre Michon - éditions Verdier - 2002 / Vitesse de la lumière-Instantanés - Christian Broutin et Andrée Chedid - collection Le voir dit, éditions de l’Amandier - 2006

Entretien avec Pierre André Lablaude, architecte en chef des Monuments Historiques
par Christine Friedel

CF : Vous avez longtemps travaillé sur le Mont-Saint-Michel,  c’est un lieu mythique

PAL : Sous l’ancien régime, le Mont est perçu comme un endroit hostile : certes, c’est un refuge. Mais l’abbaye possède de très vastes domaines, et l’abbé a autorité de justice. D’où l’existence de la prison, qui devient ensuite prison royale, puis maison centrale : le site garantit une haute sécurité. La mer fait peur, aussi. La peinture de la mer, la poésie de la mer, ne commencent en Europe qu’avec le romantisme. Dès 1830, 1840, l’image du Mont est popularisée par des peintres. Mais le Mont devient lieu de tourisme surtout à partir de son classement, en 1874. On doit à Edouard Corroyer, l’architecte, un remarquable relevé, et un projet de restitution fantasmée qui heureusement n’a pas abouti ! Mais c’est avec la reconstruction du clocher central et de la flèche (par Victor Petit-Girard, entre 1894 et 1897) que l’image romantique du Mont a été fixée. Les Monuments historiques en ont fait un « produit touristique » parfait.

CF : Maupassant en parle dans son roman Notre cœur...

PAL : La fin du dix-neuvième siècle et le début du vingtième portent la marque de cet engouement touristique. Aujourd’hui, on peut parler d’une ”surfréquentation“, qui pourrait être dangereuse pour le monument, et très bonne pour le commerce : les flux sont mécaniquement poussés dans les boutiques... Il y a eu conflit, bien sûr, entre les logiques de conservation du patrimoine et les logiques économiques : le magnifique plan-relief offert à Louis XIV nous a donné le moyen de concilier les deux. Nous avons pu reconstruire à l’identique des maisons disparues, et densifier le bâti du village sans dénaturer l’image mythique du Mont.

CF : Le Mont-Saint-Michel est-il un monument difficile à restaurer ?

PAL : Il pose des problèmes particuliers, du fait de son caractère composite et du fait de son site. Il a été construit en “poupées russes“ sur la pointe de son rocher. Chaque nouvelle enveloppe doit trouver son ancrage : par exemple, la nef de l’église supérieure  est en surplomb à trente-deux mètres au-dessus des rochers. Notre travail a été de la réancrer. Les remparts, qui datent de la guerre de cent ans, sont à moitié construits sur le sable, la Sée et la Sélune sapent leurs bases, les tours sont tombées une à une au cours des siècles. Jusqu’ici, les bâtiments ont subi  un effondrement tous les cent ans Les problèmes de restauration sont toujours les mêmes : un équilibre à trouver entre la conservation de l’existant et l’élimination des éléments parasites. Aujourd’hui, le Mont a trouvé sa forme parfaite. Les nouveaux projets, sur lesquels j’ai travaillé, doivent garantir la pureté de cette forme, plus au péril des sables qu’au péril de la mer

CF : Vous avez dit que le château de La Roche-Guyon pose des problèmes comparables ?

PAL : Oui, par l’osmose étroite entre le site et le bâtiment, par son caractère composite, bâtard, pris entre diverses époques, et par son irréductible mystère.


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