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l’un des cinq titres : Lettres de Jaques de Bongars -
1695
Julien Lacaze, chercheur
en droit du patrimoine au CNRS, est un passionné. Mais il
n’est surtout pas collectionneur. S’il a acheté sur
Internet - pas si cher que ça, dit-il - cinq livres (huit volumes)
mis sur le marché à la dispersion de la bibliothèque du château,
c’était pour en faire don à l’EPCC du château, sous
conditions : que ces livres restent la propriété d’une
entité publique, ou sous contrôle public ; qu’ils soient
exposés dans la bibliothèque ; que les chercheurs puissent
utiliser un exemplaire de consultation, à la reliure moins
précieuse.
En travaillant sa thèse sur la législation de la protection des
monuments historiques, Julien Lacaze tombe sur un arrêt de justice
restituant au château les boiseries de la bibliothèque et les
bas-reliefs du salon, vendus comme « meubles » mais remis
en place comme « immeubles par nature », comme les
tapisseries le sont « par destination ». Il découvre le
château « martyr » de la dispersion et commence à suivre
à la trace les « meubles », dont les livres.
« Je ne les ai pas achetés pour leur contenu, je les ai
choisis espacés dans le temps, pour voir l’évolution des
reliures, avec leur étiquette de classement. C’est une sorte
de sondage qui témoigne de la fondation et de
l’enrichissement de cette bibliothèque ».
Certains objets, propriétés privées, sont classés « monuments
historiques », ce qui interdit leur sortie du territoire. Ce
n’est pas le cas des livres : « Le rêve, ce serait
de les scanner tous, pour une consultation virtuelle. On pourrait
imaginer la même chose pour les meubles : on les connaît, par
les photos anciennes, on les reconnaît sur les catalogues des
ventes, on sait où ils se trouvent Ce ne sont pas
n’importe quels meubles, beaucoup représentent, pour
l’époque, une innovation, une pensée liée à ce château.
»
Pour recréer un embryon de collection, il faudrait utiliser toutes
les voies légales, la dation (droits de succession payés en
objets), le mécénat d’entreprise (elles peuvent déduire
de leurs impôts 90 % du prix d’achat de
l’œuvre !) « Il faut combler les
« trous » de la loi, travailler au rattachement en droit
d’un meuble à un immeuble. Une loi de 1988 permet à certaines
conditions - l’ouverture du château au public –
d’y maintenir un meuble sans que le propriétaire soit lésé.
Mais ce n’est pas encore satisfaisant. »
Ou comment une décision de justice a créé une vocation, et lancé
un processus qui ne devrait pas s’arrêter.